Pour Vs. Contre: The Road

Publié le par Sam's


affiche-The-road.jpgPOUR (by Sam's)

La fin du monde sur grand écran, c’est le top du top vous dira Roland Emmerich. On peut se lâcher à tout faire péter sans se soucier un instant du facteur humain. Heureusement pour nous, spectateurs consciencieux, la fin du monde c’est aussi l’occasion pour d’autres réalisateurs moins opportunistes de fouiller dans les méandres de chaque être pour en faire ressurgir les parts les plus sombres. L’adaptation de The Road de Cormac McCarthy (Méridien de sang, No country for old men) est bien sûr de cet acabit.
Du jour au lendemain, le monde tel qu’on le connaît a changé. La faune et la flore ont disparus, les immeubles se sont effondrés et la terre a brûlé. Les derniers survivants rôdent à la recherche de la moindre nourriture, allant même jusqu’à l’extrême pour survivre. Au cœur de ce paysage dévasté où l’humanité est redevenue pure barbarie, un père et son jeune fils errent, poussant devant eux un caddie contenant les vestiges de leur vie antérieure. Voulant rejoindre la côte, le père s’efforce de rester debout pour son enfant, sa seule lueur d’espoir dans ce monde apocalyptique des plus alarmistes.
A la fin de The Road de John Hillcoat (The proposition, toujours pas sorti par ici), on a bien conscience que l’apocalypse, ça n’a rien de fun. Ici, nulle baston cool à la Mad Max ni explosions spectaculaires ne viennent sauver le spectateur de cette noirceur terrifiante et inéluctable qui imprègne la pellicule. La beauté surgit parfois de quelques plans de paysages dévastés où plane la magnifique musique de Nick Cave, mais elle est sombre, toujours sombre. En guise de frissons : une plongée dans une cave jonchée de corps agonisants. L’instant émotion : un père qui apprend à son fils comment se suicider. Tétanisant. Une telle noirceur nous projette à mille lieues du tout-venant hollywoodien, et c’est tant mieux. Même la belle gueule de l’excellent Viggo Mortensen (ainsi que celle de Guy Pearce) en pâtit. L’acteur trouve d’ailleurs ici l’un de ses rôles les plus forts en endossant le rôle de ce père protecteur au destin funèbre. Oserez-vous vous rendre dans une salle obscure pour partager sa tristesse et son parcours désenchanté ? Je l’espère, parce que Avatar c’est bien, mais il y a d’autres films remarquables qui sortent et ce serait dommage de les laisser filer…
Malgré son rythme lent et la quasi-absence de scène d’action, les plus sensibles (et les plus ouverts) traverseront cette Route les larmes aux yeux et le cœur palpitant, à l’image de son émouvant interprète principal. Pas besoin de budget faramineux pour surprendre ou bouleverser, quand on fait de l’art, c’est avant tout le talent qui doit primer. Et The Road n’en manque pas, que ce soit devant ou derrière la caméra.



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CONTRE (by Samom)

Je ne dois pas avoir de chance avec l’auteur Cormac McCarthy. Je dois être l’un des rares humanoïdes sur terre qui s’est franchement emm… devant l’adaptation de son livre No country for old men réalisée par les frères Coen. J’ai remis le couvert avec La route de John Hillcoat et le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs initiaux. Je suis souvent enthousiaste (parfois trop quand un long métrage me plaît) mais inversement j’ai occasionnellement du mal à cacher mon immense déception.
La bande annonce était pourtant sacrément bien foutue et alléchante. L’humanité a périclité après qu’un mystérieux fléau ait touché la planète. La végétation et le règne animal ont été réduits à néant. Seule une poignée d’êtres humains survit tant bien que mal au milieu d’un paysage apocalyptique. Un homme (Viggo Mortensen) et son fils (Kodi Smit-McPhee) se déplacent constamment sur une route en direction du sud à la recherche d’un ordinaire plus clément. Je sais très bien qu’un film n’est qu’une œuvre de fiction et qu’elle ne doit pas s’immiscer dans notre quotidien mais La route n’est pas le long métrage que vous devez voir si en ce moment votre moral est au plus bas ou que vous connaissez des difficultés existentielles. Il se dégage de l’œuvre un pessimisme de tous les instants, une noirceur profonde, une impression de malaise permanent. Ce sentiment nous colle à la peau, nous submerge, nous étouffe littéralement. Le monde de La route est totalement dévasté. L’étrange apocalypse (au sens populaire du terme et non littéraire) a réduit la planète Terre à un immense cimetière de friches industrielles et de paysages dévastés. C’est à mon sens la seule vraie réussite du long métrage. L’écrin où évoluent les personnages est très bien rendu. Nous sommes au beau milieu d’un hiver éternel où les teintes grisées résonnent comme autant de stigmates d’un monde où l’éclat de la vie a disparu. La nature hostile est l’un des personnages de ce film. Les chutes d’arbres, les tremblements de terre sont des exemples parmi tant d’autres des catastrophes qui touchent une humanité qui court à sa perte. Un univers qui n’offre plus de cadre salvateur ou nourricier aux personnages. Visuellement ce monde glauque bénéficie d’une photographie très travaillée, d’un cadrage plus qu’intéressant. La bande son nous enveloppe d’un linceul de désolation et de mort.
Au-delà du contenant j’ai du mal à me passionner pour le contenu. Ce road movie apocalyptique qui érige en valeur universelle la simple survie d’un homme et de son fils s’étire en longueur sans vraiment changer de rythme. Sérieusement, je ne m’attendais pas à assister à la projection d’un long métrage d’action mais un film un peu plu nerveux m’aurait indéniablement plu. J’ai eu la sensation d’assister à la répétition de certaines scènes (la fouille des décombres de maisons à la recherche de nourriture, la possibilité de se suicider pour en finir avec tout ça). J'ai regardé ma montre quatre ou cinq fois en espérant que le film change de tempo. Et bien non. Le seul moment vraiment poignant où l’œuvre s’envisage tout d’un coup sous un jour nouveau concerne la découverte par l’homme et son fils d’une cave où sont entreposés hommes, femmes et enfants tels des denrées alimentaires d’un garde manger. Mais la séquence est trop brève, voire inachevée. J’ai un esprit cartésien comme bon nombre d’entre vous je suppose, et je veux savoir le pourquoi du comment. John Hillcoat nous replonge dans le passé de l’homme et de son fils au moyen de courts flashbacks. Ce genre de procédé est généralement employé pour nous donner des indices, des pistes sur une situation passée, un état donné. Quid des raisons du fléau qui a ravagé la planète ? Le metteur en scène s’en sert uniquement pour introduire le personnage de la mère (Charlize Theron) et charger la note dramatique (le renoncement à la vie par le suicide, la fuite face au péril). Le long métrage a quand même un arrière plan intéressant. Le film dénonce la folie des hommes qui sacrifient la nature sur l’autel de la rentabilité économique. A l’heure où nous parlons toutes et tous d’écologie, sans parfois savoir de quoi il en retourne exactement, le propos est assurément louable. Le metteur en scène pointe du doigt la bestialité de l’Homme. Affranchi de toute règle ou de toute convention sociale, l’individu a retrouvé des instincts primaires séculaires. Le cannibalisme (jamais montré mais évoqué par nos "héros") est l’un des affres que connaît ce monde post apocalyptique où tout est permis. Le constat du metteur en scène est clair, sans fioritures et sans espoir. L’un des pôles du film est la relation père fils que j’ai trouvé émouvant par moments, mais trop linéaire, sans réelles surprises pendant une bonne partie de l’œuvre. Viggo Mortesen est on ne peut plus crédible comme à son habitude. La saleté lui colle à la peau comme une seconde enveloppe charnelle. La transformation physique est plus qu’étonnante. Le jeune Kodi Smit-McPhee impose une présence à l’écran assurément probante. La présence de Charlize Theron est à la limite de l’anecdote.
J’ai l’impression d’être resté au milieu du guet. La route est un film doté d’une forme irréprochable mais dont l’histoire ne m’a vraiment pas emballé. Je n'ai pas lu le livre mais j'ai entendu dire que l'histoire était difficilement adaptable. Nous pouvons y voir le reflet de notre propre devenir, la cristallisation de nos pires craintes mais cette intention, si louable soit elle, suffit elle pour faire un bon film ? Pas vraiment pour le cas présent.

Publié dans Pour Vs. Contre

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samom 19/02/2010 14:25


Merci sam pour cette publication