Pour Vs. Contre: Lovely bones

Publié le par Sam's

affiche-Lovely-bones.jpgPOUR (by Sam's)

Après ses mastodontes qui ont marqué à jamais les rétines des spectateurs (la trilogie du Seigneur des Anneaux, King Kong), Peter Jackson renoue avec un cinéma plus intimiste et du coup forcément moins friqué. Sans aucun doute, l’ombre du magnifique Créatures célestes plane sur Lovely bones et l’on ne va pas s’en plaindre !
Susie Salmon (comme le poisson) est une adolescente de 14 ans avec plein de rêves en tête qui est sur le point de connaître sa première grande histoire d’amour. Hélas, la jeune fille va tomber sur George Harvey, pernicieux voisin qui a décidé de l’assassiner et de dissimuler son corps. Arrachée au monde des vivants, Susie va pourtant continuer à voir les membres de sa famille poursuivre leur existence et va également surveiller son meurtrier ainsi que la progression de l’enquête liée à sa propre disparition…
Hormis son budget modeste et son aspect dramatique, Lovely bones se rapproche également de Créatures célestes par son côté « fait divers » et ses préoccupations appartenant au monde adolescent. Il est dès lors normal que certaines images de l’entre-deux mondes arborent un côté enfantin, naïf, kitsch diront certains, puisqu’elles sont le reflet de l’imaginaire d’une jeune fille habitée par nombre de chimères (rappelons par ailleurs que l’action se déroule dans les années 70, époque lointaine de nos considérations contemporaines). Malgré des effets numériques parfois inégaux, ces séquences paradisiaques s’avèrent donc tout à fait propices et belles, tout simplement. Mais ce serait amputer le film de manière éhontée que de s’arrêter à ce seul aspect. Car Lovely bones possède une dimension drastiquement sombre, qui en fait à la fois un drame émouvant doublé d’un thriller implacable. Il faut voir la manière dont Peter Jackson nous tient en haleine lors de ses séquences tendues, portées de main de maître, il est vrai, par un Stanley Tucci inquiétant à souhait. Face à lui, la petite Saoirse Ronan (Reviens-moi, La cité de l’ombre) se révèle dans son tout premier grand rôle (comme une certaine Kate Winslet à l’époque de Créatures célestes, tiens tiens…). Le reste du casting n’est pas moins efficace avec Mark Wahlberg et Rachel Weisz impeccables en parents affligés et Susan Sarandon dans le rôle un peu plus cocasse de la grand-mère délurée. Outre le fait qu’il adapte un bouquin considéré comme inadaptable (plus encore que Le Seigneur des anneaux), Lovely bones opte pour un mélange de genre ahurissant, passant du mélodrame au fantastique, de la chronique familiale au thriller, de l’histoire d’amour avortée au film de serial killer, le tout saupoudré d’une pincée d’humour au milieu pour détendre un peu l’atmosphère. Et l’ensemble fonctionne parfaitement ! Vous l’aurez peut être compris, Lovely bones est un film de parfait équilibriste, et donc sacrément risqué pour Peter Jackson, qui acquiert au fil des projets de plus en plus de poids (à l’inverse de sa silhouette ^^) et de maturité. Son Tintin est d’ores et déjà attendu avec beaucoup de fébrilité en attendant, peut être un jour, un éventuel retour aux sources horrifiques, comme Sam Raimi avec Drag me to Hell. Ah que ce serait fun, ça !
Projet on ne peut plus risqué et casse-gueule, Lovely bones est sans aucun doute un nouvel exploit à mettre au crédit de Peter Jackson. Entre mélodrame, thriller et fantastique poétique, le réalisateur maîtrise une fois de plus la situation en nous balançant une œuvre unique en son genre que l’on n’est pas prêt d’oublier. Définitivement un grand parmi les grands, ce Peter !



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CONTRE (by Bastien)

Cinq longues années que j’attendais le retour de Peter Jackson, cinéaste plutôt sous-estimé à mes yeux alors qu’assez efficace dans l’art de surprendre le spectateur (des films d’horreur décalés à un Seigneur des Anneaux impressionnant, en passant par un faux documentaire quasiment parfait et un King Kong qui me semble plus qu’honnête). Autant dire que son retour à un certain intimisme après sa décennie 2000 (quatre films mais quatre monstres) laissait présager autant d’intérêt que d’incertitude.
Tout commence plutôt bien quand la voix-off s’avère très vite être celle d'une jeune fille morte. Nous sommes alors en droit d'attendre quelque chose dans la veine de Fantômes contre fantômes qui, loin d'être le meilleur Jackson, comportait des idées intéressantes (je suis fan de ce concept de relations humains-fantômes). Mais là où ça a commencé à suinter, c’est quand après 20 minutes de Dawson (non parce que la gamine folle amoureuse du trop rebelle qu’a la classe indienne du bahut, ça va, manquerait plus qu’il écrive des poèm… ah merde il en écrit c’est vrai !), ben il ne se passait toujours rien. Rien, que dalle, du vent, des nèfles, peau de lapin, morpions au soleil, NADA ! Alors c’est sympa les personnages caricaturaux (la jolie famille, la fille trop zarbi genre gothique qui voit des trucs que personne ne voit, le centre commercial visiblement lieu de vie des américains moyens), mais ça gave.
C’est alors que surgit l’homme de la situation : Stanley Tucci. Dans le rôle du méchant, rien à dire, il excelle : caricatural dans la forme, il ne l’est pas dans son jeu, proposant un pervers sexuel tout en retenue, froid, calculateur, bien loin des névrosés qui bavent en voyant une gamine mais bien le pédophile accompli, qui sait patienter dans l’ombre. Chaque scène avec Tucci sera par ailleurs à glacer le sang, tant l’acteur, derrière son allure de ringard de la rue, est le psychopathe total, impliqué et appliqué.
Et c’est là que Jackson nous tue, nous, plus la gamine : le Paradis pour lui, c’est l’enfer pour nous. Sans déc : entre les fantasmes de la pucelle (le portrait du trop sexxxxxxxy boyfriend sur un lac une nuit de pleine lune… ah ben ça y est j’ai vomi), la débauche d’effets LSD et les ficelles narratives grosses comme des cordes d’amarrage (la fille qui vient aider Suzie… Non non, on ne sait pas qui c’est et pourquoi elle est là, non non, sinon on fera semblant qu’on sait pas promis !), le côté au-delà du film ressemble à un patchwork de mièvreries et de kitsch, contrastant totalement (genre yin et yang) de l’ambiance tendue et sombre de la partie thriller du film. Si j’étais mesquin (et je le suis), je dirais même que Peter Jackson devrait changer de lunettes, parce qu’au passage monsieur semble avoir délaisser Weta au profit de geeks de 15 ans s’amusant avec After Effects tant les effets spéciaux sont immondes.
Et ce n’est pas le scénario, très pauvre (les retournements de situation annoncés une demi-heure à l’avance, tirés en longueur… Y a des débiles dans la salle ?) et limite douteux (le message final… gné ?) qui sauvera le film. Un peu le casting, il est vrai : la jeune fille ne joue pas trop mal (il faut dire que son regard est très particulier), Susan Sarandon excelle dans le rôle de la belle-mère à la fuck attitude, Mark Whalberg et Rachel Weisz tentant eux de subsister dans des rôles qu’ils ont parfois du mal à endosser malgré leurs efforts.
Mais c’est donc surtout à Peter Jackson que l’on en veut, ratant son sujet (le deuil, la mort) au profit d’une débauche d’effets qui n’ont rien à faire là (et l’excuse du Paradis vu par une gamine de 14 ans, il peut se la tailler en biseau) et d’une fainéantise sur la moitié du film alors que quand il bosse (les séquences avec Tucci), il atteint de grands moments (où on pardonnerait presque cette manie d’intégrer du DV dans les longs métrages pour le moment). S’il continue comme ça, Jackson ne fera plus de vieux os.

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