L'Etrange histoire de Benjamin Button

Publié le par Sam's

Sorti le 04/02/2009

Drame/Fantastique/Romance/USA/2008/2h35
Réalisation : David Fincher. Scénario : Eric Roth d’après l’œuvre de Francis Scott Fitzgerald. Production : Frank Marshall, Cean Chaffin, Kathleen Kennedy. Musique : Alexandre Desplat. Interprètes : Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng,…



Curieux destin que celui de David Fincher. Sacralisé en 1996 grâce au fulgurant Se7en et devenu culte avec son percutant Fight Club, le réalisateur ne cesse de frapper là où on ne l’attend pas. Changeant de registre comme de chemise, ces oeuvres sont toujours attendues au tournant et sa virtuosité graphique, parfois excessive (rappelez-vous les caméras baladeuses de Panic Room), fait des ravages. Avec cette Etrange histoire de Benjamin Button, Fincher s’attaque à un récit à première vue assez éloigné de son style. Et pourtant, il s’agirait peut être là d’un de ses films les plus personnels…
Benjamin Button vint à la vie dans le corps d’un vieil homme de 80 ans. Cet être unique, considéré comme un miracle par la femme qui va le recueillir, va vivre son existence à reculons, sans pouvoir arrêter le cours du temps et rajeunissant ainsi au fil des années. Durant cette régression, Benjamin va s’éprendre de la belle Daisy, traverser les océans, découvrir la vie, l’amour et la mort. L’existence même de cet homme hors du commun devra faire face à l’emprise du temps, comme c’est finalement le cas pour n’importe quel mortel.
Forrest Gump, Big Fish ou même Un long dimanche de fiançailles pour l’aspect visuel, sont les films les plus souvent cités quand on cause de Benjamin Button. Pourtant, si le film a été écrit par Eric Roth (scénariste de Forrest Gump) et qu’à première vue il ressemble davantage à du Zemeckis qu’à du Fincher, le réalisateur parvient ici à éviter l’académisme pompeux spécialement étalé pour cartonner aux Oscars. Certes le film affiche un caractère policé qui devrait satisfaire tous les publics mais il est aussi et surtout traversé par une mélancolie folle qui en font une œuvre mortifère d’une tristesse hallucinante. Si L’étrange histoire de Benjamin Button décrit en fil rouge une romance unique en son genre, du début à la fin, c’est bel et bien la mort en personne qui tient le rôle principal. Dans une vie guidée par les diverses opportunités offertes, le héros ne cesse d’y faire face, que ce soit de par sa propre condition physique, par son éducation ou par les personnes qu’il côtoie. Benjamin Button a beau vivre sa vie à l’envers, il demeure impuissant face à l’inéluctabilité de son existence humaine. Le tour de force de David Fincher est de prendre le destin d’un être extraordinaire et d’en faire une histoire finalement universelle (avec tous les thèmes que cela comprend). Il est évident qu’il ne faut pas s’attendre à du Fincher période « uppercut dans la tronche » sous peine d’être fichtrement déçu, mais s’il ne frappe plus exactement au même endroit (cette fois, c’est bel et bien le cœur qu’il vise), le réalisateur parvient toutefois à nous émouvoir de bien belle façon. Et puis, si l’on n’est pas sensible à ce récit diablement romanesque, il nous reste la beauté incommensurable de la photographie, le score parfait d’Alexandre Desplat, les SFX remarquables ainsi que les prestations impeccables des interprètes (Brad Pitt évidemment, mais aussi et surtout la brillante Cate Blanchett).
Bien qu’un poil long et manquant quelque peu de mordant, L’étrange histoire de Benjamin Button est un splendide film romanesque qui touche la corde sensible du spectateur sans pour autant faire dans le pathos. A la fois optimiste et assez misanthrope, Fincher livre là une œuvre incroyablement dense et ambitieuse dont on reparlera maintes et maintes fois dans les années à venir.

Note : 5/6

Publié dans Salles Obscures

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Moskau 24/02/2009 20:56

Bien sûr il y a les acteurs au top, les effets spéciaux impressionants, la mise en scène grandiose, mais tout ça semble un peu vain. Je n'ai pas adhéré plus que ça au récit (surtout dans la deuxième partie) et au final je me suis ennuyé...